Complicité de crimes contre l’humanité : Une coalition d’ONG demandent à la CPI d’enquêter sur le rôle des dirigeants de Chiquita

18/05/2017
Rapport
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Colombie, Bogota – Au nom des “communautés de paix” colombiennes, une coalition d’organisations de défense des droits humains a demandé aujourd’hui à la Procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI) d’enquêter sur la complicité présumée des dirigeants de la compagnie Chiquita dans la perpétration de crimes contre l’humanité. A ce jour, aucun de ces dirigeants n’a été poursuivi, alors même que la compagnie a admis avoir versé des millions de dollars à des paramilitaires colombiens. Ceux-ci ont tué, violé, et fait disparaître des civils. Si la CPI se saisissait du dossier, ce serait la première fois qu’elle enquêterait sur les dirigeants d’une compagnie privée.

Dans leur communication à la Cour, la coalition d’organisations locales et internationales - International Human Rights Clinic at Harvard Law School, FIDH et le Colectivo de Abogados José Alvear Restrepo (CAJAR), utilise des documents internes à Chiquita pour démontrer l’implication de ses dirigeants dans le financement des activités des paramilitaires entre 1997 et 2004. Ces paiements continuèrent après que le Ministère de la Justice américain les ait déclarés illégaux. La communication à la CPI comporte des annexes confidentielles, identifiant nommément 14 dirigeants et membres du conseil d’administration de Chiquita. Pour la coalition d’ONG, ils devraient être prioritairement visés par l’enquête de la Procureure. La coalition, composée de l’International Human Rights Clinic at Harvard Law School, la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH) et le Colectivo de Abogados José Alvear Restrepo (CAJAR), s’est appuyée sur des documents internes à la société ainsi que l’assistance des Archives de la sécurité nationale (the National Security Archive) de l’Université de George Washington pour identifier les dirigeants de Chiquita et démontrer leur implication dans les crimes commis.

« Les dirigeants qui ont supervisé le financement des paramilitaires ne devraient pas pouvoir rester confortablement assis dans leurs maisons aux Etats-Unis comme s’ils n’avaient rien fait de grave... » affirme un membre de la Communauté de Paix de Saint José de Apartado, qui a envoyé une lettre à la CPI pour expliquer comment la violence des paramilitaires les avaient personnellement affectés. « Les familles colombiennes ont attendu trop longtemps qu’ils soient traduits en justice ».

Chiquita aurait pu agir différemment, ou quitter le pays des années avant qu’elle ne le fit. Mais la compagnie décida plutôt de continuer ses activités lucratives en finançant des organisations paramilitaires pour soit-disant « assurer sa sécurité » dans les régions productrices de bananes. Jusqu’en 2003, la filiale colombienne de Chiquita était d’ailleurs sa branche dégageant le plus de profit dans le monde.

« A l’époque, les paramilitaires colombiens étaient connus pour cibler les civils, dont des ouvriers des bananeraies et des syndicalistes. Pourtant, les dirigeants de Chiquita décidèrent de les financer »

CAJAR

En 2007, la compagnie Chiquita avait déjà plaidé coupable devant une cour fédérale américaine pour le financement illégal de paramilitaires colombiens. Toutefois, la poursuite individuelle des dirigeants qui ont supervisé et autorisé le système de financement a toujours été éludée. Alors que le contentieux au civil est imminent devant les juridictions américaines, aucune poursuite criminelle n’est à l’ordre du jour. La Colombie n’a pas été capable d’exercer sa compétence à leur encontre, et rien n’indique que les Etats-Unis extraderont les dirigeants.

« Nous demandons que la CPI étende aux officiels et dirigeants de Chiquita l’examen préliminaire qu’elle mène actuellement sur la situation en Colombie. L’accablant poids des preuves doit inciter le Bureau de la Procureure à agir si les autorités colombiennes ne sont pas capables de le faire »

Dimitris Christopoulos, Président de la FIDH

Si les autorités colombiennes n’avancent pas sur ce dossier, la Communication demande au Procureur de demander formellement l’autorisation d’ouvrir une enquête à la Chambre préliminaire de la CPI sur les crimes imputables aux dirigeants de la compagnie Chiquita.

La Communication arrive à un moment critique en Colombie. Le pays commence à mettre en œuvre un accord de paix historique, après presque un demi siècle de conflit. La Communication présentée par la coalition presse le Bureau de la Procureure de suivre attentivement les procédures en cours en Colombie pour s’assurer qu’elle respecte les standards de la CPI, notamment sur la manière dont le secteur privé a soutenu les paramilitaires et sur la question de la responsabilité des entreprises.

« Lors des processus de paix, les acteurs économiques échappent trop souvent aux poursuites, y compris lorsqu’ils ont commis des actes monstrueux. La poursuite des dirigeants de Chiquita pour leurs paiements aux paramilitaires lancerait un message fort que l’impunité n’est plus un fait acquis »

Professeur Tyler Gianini, Directeur de la Clinique de Droit International des Droits de l'Homme à la Faculté de Droit de Harvard
Contact Presse :
Samuel HANRYON - shanryon@fidh.org - 00.33.6.72.28.42.94.
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